Carnet de campagne

Écrit par Jonathan Biteau

 

Il y a un peu moins d’un an, je quittai la mairie de Tonneins pour me consacrer pleinement aux élections présidentielles et législatives sur notre territoire. Ce fut une décision tout aussi risquée professionnellement, qu’exaltante humainement. 10 mois plus tard, après plusieurs dizaines de réunions publiques, des centaines de rencontres et quelques milliers de tracts distribués, je ne regrette absolument pas ce choix. Ces dernières semaines particulièrement, j’ai dû éprouver toutes les émotions qu’il est donné à un être humain de ressentir. Cette année restera donc gravée dans ma mémoire de militant, de citoyen et d’homme.

Pour rappel, si je ne suis pas un marcheur de la première heure, je fais partie des centristes qui ont encouragé François Bayrou à soutenir Emmanuel Macron (lire LeRépublicain/jbenmarche ). Je l’ai fait pour trois raisons qui sont cardinales dans mon engagement politique : Emmanuel Macron souhaitait dépasser le clivage droite/gauche, son programme se basait sur un principe de liberté économique tout en maintenant la protection des plus démunis et enfin il était le candidat le plus à même de battre le Front National en rassemblant largement autour de lui. Les convictions qui sont les miennes depuis 2007 se sont concrétisées pour la première fois et j'ai trop connu l’amertume des défaites pour ne pas savourer l'intensité de cette victoire.

Durant cette campagne présidentielle, une question est revenue en boucle : Emmanuel Macron sera-t-il capable de constituer une majorité ? À chaque fois, j’ai répété cette loi d’airain de notre Ve République, devenue intangible depuis 2002 et l’inversion du calendrier électoral : le Président élu se voit systématiquement confier les pouvoirs de gouverner à l’Assemblée Nationale. Cette cohérence des électeurs ne doit pas masquer un échec des derniers scrutins : avec 43% de participation (pour 38% exprimés…) au second tour des élections législatives, nous avons atteint le plus fort taux d’abstention depuis 1958. Loin de moi l'idée d’accorder du crédit à ceux qui utilisent cet argument pour contester la légitimité des vainqueurs. Ce raisonnement est particulièrement spécieux car ceux-là mêmes qui critiquent la faible base électorale de la République en Marche ont obtenu encore moins de suffrages et sont donc mécaniquement moins légitimes pour dresser un tel procès.

En revanche, cette participation en chute libre à un moment où la population française nourrit d’immenses espoirs dans le renouvellement de notre vie publique doit nous interroger sur notre système électoral. À ce titre et en tant que démocrate, je trouve normal que le PS et la France Insoumise puissent former un groupe au Palais Bourbon pour qu’une opposition parlementaire de gauche ait les moyens de s’exprimer. À l’inverse, que le Front National ne bénéficie pas des mêmes avantages après avoir rassemblé près de 11 millions de voix à l’élection présidentielle est un élément supplémentaire qui interpelle sur notre processus électif. On ne combat pas démocratiquement les idées de l'extrême droite par un mode de scrutin dont la représentativité pose question. Vote obligatoire, expression du vote blanc, vote alternatif, approbation majoritaire sont autant de pistes de réflexion qu'il nous faudra explorer pour l’avenir de notre démocratie (en savoir plus : Votesalternatifs ).

Enfin, je terminerai par un bref bilan de la situation lot-et-garonnaise où les trois candidats de la République en Marche ont été élus. Parmi eux, j’aurais évidemment souhaité que figure un centriste. Les circonstances de l’investiture sur ma circonscription auront renforcé cet espoir déçu (lire Communiqué/jb ).
Cependant, les idées valant plus que les hommes, les convictions doivent toujours primer sur les égos. C’est pourquoi je n’ai ni la tentation de Venise ni le syndrome de l’île de , mon engagement s’écrit toujours au présent. Je continuerai de m’investir sur le territoire lot-et-garonnais qui m’a vu grandir, où je vis et où il y a tant à faire. Bien sûr, je vois de nombreux élus, de droite comme de gauche, devenir plus macronistes que le premier des marcheurs. Ils étaient des adversaires politiques hier, ils le seront peut-être à nouveau demain. Faut-il se méfier de cette vague d’opportunisme ? Pour ma part, je ne sonde pas le cœur et les reins. Malgré les épreuves, la bienveillance gouverne toujours mon engagement. Évidemment, quand un élu local ayant vertement soutenu François Fillon vient me faire des leçons de macronisme, je ne peux m’empêcher de réprimer un sourire amusé. La victoire a cent pères comme disait Kennedy. Ces résistants de la 25e heure auront tôt fait de quitter le navire à la première tempête. La nature humaine est ainsi faite, il n’y a pas lieu de s’en émouvoir.

Quant à moi, cette longue année politique s’achève et augure de la douceur estivale à venir. Je vais continuer à creuser mon sillon, au propre comme au figuré. Si je n’ai pas remporté personnellement de combats électoraux, j’ai la sensation profonde et apaisante d’avoir fait ce qui était juste et d’avoir servi avec loyauté ma famille politique. C’est au moins une victoire morale, et n’est-ce pas la plus belle ?

Jonathan