Guidel 2017: pour une justice sociale au cœur du quinquennat

Écrit par Jonathan Biteau

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L’an passé, notre université de rentrée avait bruissé d’un frémissement. Celui des échéances électorales à venir et d’une opportunité historique à saisir (lire Guidel2016). Qui aurait dit qu’un an plus tard nous aurions des Ministres au Gouvernement, que nous serions le 3e groupe parlementaire et que l’on serait un pilier de la majorité présidentielle ? Pas même le plus enthousiaste et utopiste des centristes béarnais. Et pourtant, il faut rendre à François Bayrou sa clairvoyance et son sens des responsabilités. Si nous avons traversé le désert, et même plusieurs, sachons prendre la mesure des temps que nous vivons.

Une université de rentrée est un rare moment d’échanges et de convivialité. Nous avons démarré vendredi soir avec un exposé brillantissime d’Olivier Duhamel. Pour décrire la pratique politique sous la Ve  République, il utilise une image d’Ionesco : « si vous caressez un cercle, il deviendra vicieux ». Oui, notre système souffre d’un manque de respiration démocratique, oui notre classe dirigeante est dominée par l’entre-soi, et oui les citoyens ne supportent plus ces pratiques d’un autre temps, l’ancien monde. S’il ne croit pas au mirage de la 6e République, il conclut sa démonstration par un soutien appuyé au scrutin proportionnel pour les élections législatives. Les débats se poursuivent autour du repas, la ferveur et la joie de se retrouver égayent la discussion. On finit dans une chaude ambiance, assez tardivement, après avoir refait le monde, plusieurs fois.

La nuit fut courte avant de démarrer une journée aussi riche que longue. Une conférence sur notre modèle social, et son avenir, nous rappelle qu’il est encore à réinventer. Pierre Larrouturou livre une analyse inquiète de la situation économique depuis 2008 et l’intellectuel Jean-Baptiste de Foucauld nous alerte sur la disparition du rapport humain, une clé essentielle de l’accompagnement social. On effleure le sujet du revenu universel, certains demeurant résolument contre, d’autres foncièrement pour. Le sujet ne fait pas l’objet d’une conférence cette année.

La journée se poursuit avec un moment fort : le discours de Guy Verhofstadt, ancien premier ministre de Belgique et Président des centristes européens. Il nous adresse un plaidoyer vibrant pour l’Europe. A la suite du Brexit, les populistes eurosceptiques ont partout reflué : Autriche, Pays-Bas et France. À chaque fois, des progressistes ont été élus face à des nationalistes. C’est un orateur captivant, son humour est très fin, il fait un tabac.

Après un copieux repas, je participe à un atelier sur le climat et les océans, animé par Yann Wehrling, notre nouveau Secrétaire général. Je ne m’en cache pas, j’ai toujours apprécié sa sensibilité écologiste, que nous avons en partage, et j’étais très heureux de le retrouver autour de cette thématique environnementale. 

Vient ensuite un nouveau temps fort de notre université avec l’intervention du Ministre de l’Education Nationale. Il m’est impossible d’en retranscrire l’essence en peu de mots, tant son propos fut riche. J’avoue avoir été impressionné par sa vision, sa clarté, ses références. J’en retiendrai une phrase : « L’école et la culture générale sont les deux outils indispensables pour l’émancipation et la liberté des individus ».

Cette journée exceptionnelle s’est conclue avec le discours du Ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. Outre le fait d’apprendre que le soutien de François Bayrou à Emmanuel Macron s’est joué dans le bureau de Jacqueline Gourault au Sénat, avec l’entremise de Gérard Collomb, celui-ci rappelle une vérité qui nous fait toujours plaisir : Emmanuel Macron a été élu grâce aux centristes. La salle se laisse aller à un chauvinisme compréhensible, j’y participe gaiement. 

Le soir, notre petite délégation Lot-et-garonnaise s’octroie une excursion touristique dans une crêperie bretonne et j’en profite pour remercier les camarades qui m’ont accompagné : Michel Dréano et sa femme, Xavier Mars et Gérard Goussiès. Ce fut un plaisir de partager ces moments avec eux.

Vient enfin le discours de clôture de François Bayrou le dimanche matin. Moment assez unique chaque année. Les médias en ont déjà beaucoup parlé, le Maire de Pau a rappelé son entier soutien au programme présidentiel et a insisté sur la nécessité de nourrir un projet social à côté du programme économique. Il a notamment proposé 3 mesures :

Augmenter le niveau de revenu à partir duquel les retraités sont touchés par l’augmentation de 1,7% de la CSG (aujourd’hui 1200€/ mois)

• Distinguer les biens mobiliers réellement investis dans l’économie et l’argent de la rente pour l’exonération au titre de l’ISF

Doubler le futur service national d’un service civique en collectivités ou associations pour renforcer le vivre-ensemble

Pour terminer, François Bayrou a évoqué un sujet extrêmement, extrêmement sensible pour les militants MoDem, celui de l’UDI. Il l’a fait en réponse à Jean-Christophe Lagarde qui s’est dit libre de toute alliance avec LR dans une interview. Ce credo de l’indépendance du Centre a toujours été celui de François Bayrou, il est le mien depuis les origines de mon engagement. Il était aussi la raison du schisme avec le Nouveau Centre, puis l’UDI, qui ont préféré s’allier avec l’UMP et LR. La question du rassemblement du Centre est presque consubstantielle à l’histoire de notre famille politique depuis 1920. Alors que François Bayrou l’évoque à Guidel, un responsable landais à côté de moi bougonne : « D’accord pour leur ouvrir la porte, mais on garde les clés ! ». Certaines cicatrices sont loin d’être refermées, cependant François Bayrou a fait preuve de hauteur de vue et a saisi l’opportunité qui est devant nous. Aujourd’hui, la main est tendue. Les leaders de l’UDI auront à choisir entre une nouvelle aventure, à droite, avec peut-être un parti autour des Constructifs, et le retour à la maison mère, le Modem, le Centre. Ce ne sera pas aisé, le passé rime parfois avec passif. Pourtant, l’avenir de notre famille politique est en jeu et le temps est peut-être venu.

Regonflés et des idées plein la tête, nous reprenons le chemin vers notre Sud Ouest. En Lot-et-Garonne et au MoDem 47, le rassemblement doit être notre préoccupation première.

Jb.