De l’économie à Tonneins

Écrit par Jonathan Biteau

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Il y a deux ans, j’organisais les vœux de la ville de Tonneins en tant que directeur de cabinet, l’an passé j’y étais en tant qu’invité, cette année c’est par cette contribution écrite que je participe aux vœux aux acteurs économiques du bassin tonneinquais. Le développement économique ne se décrète pas, surtout dans un territoire rural comme le Lot-et-Garonne. Notre département avait les plus mauvais indicateurs économiques de l’ancienne Aquitaine, nous sommes à présent avant-derniers dans la nouvelle région, grâce à la Creuse. Cependant, certains départements ruraux s’en sortent mieux que d’autres (ex : le Gers LaDépêcheGers ). 

Quelles sont les raisons du succès de certains, miroir de nos échecs ? Mon passage dans différentes collectivités de la région m’a permis de comprendre qu’il n’y avait pas une recette pour favoriser le développement économique. L’attractivité d’un territoire, c’est avant-tout une volonté politique, doublée d’un savoir-faire, au service d’un climat favorable à l’essor des entreprises.Il y a d’abord le contexte fiscal, et ce n’est pas maintenant que j’ai lancé ma société et que je suis assujetti à la cotisation foncière des entreprises, que je vais éluder la question. Certaines collectivités, plus ou moins bien gérées, font le choix d’une hausse de la fiscalité des entreprises comme vient de le faire Val de Garonne Agglomération (lire LeRépublicainaugmentationCFE ). Un mauvais signal et un choix assumé de Daniel Benquet.

Vient ensuite la question des infrastructures. Les sorties d’autoroute de Marmande (à Pont des Sables) et Aiguillon (à Damazan) ne bénéficient pas à Tonneins. Notre ville, entre les deux, est la grande oubliée du réseau autoroutier. Pendant qu’Agen obtient le financement d’une deuxième sortie d’autoroute, le bassin tonneinquais et ses 20 000 habitants en est toujours dépourvu. Et il ne faut pas se faire d’illusion : tant que Pierre Camani et sa majorité seront au pouvoir au Conseil Départemental, cet échangeur n’a aucune chance de voir le jour. Le président y est opposé, il l’a déjà dit. Il n’a certes pas besoin de cette sortie d’autoroute pour venir à l’hôtel Saint-Jacques. Attendons donc les élections départementales de 2021 et espérons.
Reste le rail, historiquement implanté à Tonneins. Marmande et Tonneins ont bâti des dossiers pour obtenir le financement de véritables pôles multimodaux, accessibles et interconnectés avec les lignes de bus. Initialement ambitieux, le projet retenu a penché en faveur d’une version minimaliste, surtout en ce qui concerne Tonneins (lire SudOuestpolesmultimodaux ). Il faut bien l’écrire et le dire. Ici, le rôle des élus de Tonneins, et du bassin tonneinquais, est essentiel pour peser sur ces arbitrages avec la SNCF au sein de Val de Garonne Agglomération.
Néanmoins, les autoroutes de l’avenir ne sont plus aériennes et ne sont pas faites de macadam. Elles sont souterraines et constituées de fibres, et ce d’autant plus en zone rurale. Tonneins rentrera vraiment dans le XXIe siècle lorsqu’elle sera reliée au très haut débit. C’est la condition sine qua non du développement économique de demain, et déjà d’aujourd’hui. Sur ce sujet encore, il en va de la responsabilité de nos élus.


Autre dossier complexe : la désertification du centre ville. Là aussi, pas de remède miracle pour un phénomène qui touche toutes les villes françaises. Pourtant, il existe des outils qui pourraient être utiles à Tonneins. En premier lieu, il faut signaler que Tonneins est l’une des rares villes de 9000 habitants où ne fonctionne aucune association de commerçants. Des conflits de personnes dans les associations, il y en a partout. Ce ne peut être une excuse pour la municipalité qui, en cas de carence, doit relancer et fédérer les forces vives de son commerce. Il existe aussi de nouveaux métiers, comme manager de centre ville, qui visent à la redynamisation commerciale et sont de précieux relais pour les commerçants (lire nouveaumétiermanagerdecentreville ). Cela ne fonctionne certes pas toujours, mais ne rien faire ne fonctionne jamais.
J’en viens enfin aux deux joyaux du patrimoine tonneinquais : la Manoque et la Manufacture des Tabacs. La Manoque d’abord est l’une des plus belles salles de spectacle du Lot-et-Garonne avec une capacité conséquente (800 à 1200 personnes). Depuis l’échec de Cultures communes, elle sert quasiment exclusivement aux rendez-vous des associations tonneinquaises. C’est bien, une salle des fêtes aurait suffi pour cela et pas une salle de spectacle moderne et modulable. La culture est un élément essentiel, constitutif de l’identité d’un territoire. Ce secteur peut même être source d’activité économique et d’attractivité (lire latribune/culture )  Encore faut-il le vouloir et porter des projets en ce sens. Thierry Ousty avait proposé il y a plusieurs années de créer une école de musique amplifiée à Tonneins, de monter un véritable « Florida tonneinquais ». Son adossement à la Manoque aurait eu beaucoup de sens. Aujourd’hui, Thierry n’est plus là mais son projet devrait voir le jour, à Marmande… Une question de vision et de choix politique.


Je conclus avec le fameux serpent de mer tonneinquais : la requalification de la Manufacture des Tabacs. J’ai la conviction profonde que Tonneins, ville meurtrie depuis la fermeture de la Manu, ne pourra pas regarder vers l’avenir tant qu’elle conservera en son sein ce bâtiment fantôme, ce quartier fantôme de 4,5 hectares en plein cœur de ville. Malheureusement, les conditions ne me semblent actuellement pas réunies pour une évolution sur ce dossier qui nécessite trois savoir-faire. D’abord, un savoir-faire technique qu’aucune collectivité n’a en Lot-en-Garonne. L’ampleur du chantier nécessite de faire appel à un programmiste pour réaliser un véritable plan urbanistique de ce quartier de la ville. Croire qu’un investisseur tombé du ciel mettra plusieurs millions d’euros sur la table du jour au lendemain est une illusion. Cette opération nécessite ensuite un savoir-faire politique pour porter un projet auprès de l’Agglomération, du Département, de la Région, de l’Etat et de l’Europe. Aujourd’hui, l’Agglomération et le Département n’ont aucune volonté politique concernant la Man autre que des discours creux et déclarations d’intention. Cela changera-t-il ? Attendons les prochaines élections et espérons. Enfin, la réhabilitation de la Manufacture ne se fera pas sans les Tonneinquais. Et c’est là qu’intervient le dernier savoir-faire requis : la participation citoyenne. On ne remodèlera pas tout un quartier de la ville, aussi symbolique que celui-ci, sans que les Tonneinquais n’y prennent pas une part active. Ce serait un non-sens face à l’histoire de cette ville. 


Durant mon année au service des Tonneinquais, j’ai une fierté, celle d’avoir sollicité le Maire pour lancer le premier groupement d’entrepreneurs de la ville, le GET (sur le modèle du GET talençais : GetTalence ). C’est peu tant il y aurait à faire. Les collaborateurs, comme les élus, passent. Et les artisans, les commerçants, les chefs d’entreprise, les libéraux, ceux qui font vivre au quotidien notre territoire, demeurent. C’est donc à vous que j’adresse mes meilleurs vœux pour 2018. Bonne année aux forces vives de Tonneins.


Jonathan Biteau